JETSKIS A VILLENEUVE LA GUYARD

Un peu d’histoire...
En 1995, le maire de Villeneuve la Guyard cherchant à compléter ses revenus décide de créer une base de loisirs privée sur un plan d’eau lui appartenant en bordure de l’Yonne, face à Misy sur Yonne. Un café restaurant et un bout de plage se proposent d’accueillir le public. En complément, un chenal d’accès à l’Yonne aurait permis l’accueil de la navigation de plaisance mais les Services de la Navigation le feront fermer pour illégalité.
Le plan d’eau est alors ouvert à la pratique de loisirs nautiques motorisés par la société Jetski-Village. L’évolution de ces motos nautiques génératrices de nuisances sonores mettra alors au supplice les riverains de Misy sur Yonne pendant 14 années. Durant celles-ci, toutes les protestations dues au vacarme se briseront sur le refus du maire de VLG de prendre les mesures légales nécessaires. Sa justification officielle : « ça apporte des recettes fiscales à VLG ».
L’impuissance des autorités administratives sollicitées s’expliquent partiellement par le fait que les victimes sont en Seine et Marne et les délinquants dans l’Yonne, c’est à dire dans des départements et des régions différentes. Au cours de ces années de protestations, plaintes et manifestations, aucune solution ne sera trouvée pour envoyer ailleurs cette pratique nocive pour la simple raison que toutes les communes pressenties ont refusé ces nuisances.
Ce n’est qu’à la proximité des élections de 2007 que Yves Jégo, député maire UMP de Montereau trouvera une solution pour « libérer Misy sur Yonne de l’enfer des jetskis » comme il s’en vantera sur son Blog électoral.

Comment ?
Vous l’avez devinez : en expédiant le problème sur nos beaux plans d’eau de Bichain grâce à la complicité de notre maire qui ne peut rien refuser à ce collègue de l’UMP proche de Sarkozy alors ministre de l’Intérieur.

L’achat des 32 ha du site des Brusquets à Bichain, une ancienne gravière exploitée dans les années 70, est alors effectué pour la société Jetskivillage par une anodine SCI de Ballainvilliers. Le propriétaire appartenant au groupe Laffarge, plutôt soucieux habituellement de son image écolo, ne verra pas venir le problème.
Aussitôt (automne 2006), les pelleteuses défrichent le terrain sans déclaration ni demande d’autorisation de travaux et donc sans effectuer les études d’impact préalables à la destruction de ces espaces naturels. Dans la foulée, toujours sans permis de construire, des chalets et autres bâtiments seront installés et l’ouverture au public aura lieu au printemps 2007. Plongeant ainsi les riverains de Bichain dans le même enfer que celui dont Yves Jégo venait de libérer ses électeurs de Misy.

Les protestations des habitants de Bichain ne seront, il va sans dire, pas plus prises en compte par notre maire que celles jadis des riverains de Misy. La sous-préfecture qui a participé elle-même au choix du site avec le maire de VLG ne sera d’aucun secours, ni les autres administrations car ces activités motorisées nautiques qui sont relativement récentes jouissent d’un vide juridique dont ne bénéficieraient pas les loisirs motorisés terrestres.
D’autres entrées juridiques permettant de limiter ou interdire à cet endroit l’activité jetskis sont envisageables, par exemple la même société Jetskis Village s’est vu interdite à la Grande Paroisse pour cause de protection des captages d’eau, mais la pusillanimité des organismes concernés (DIREN, Agence de l’Eau, Service de la Navigation, ….) rend les recours difficiles. Comme d’ailleurs les réticences de la gendarmerie locale à enregistrer les plaintes.
 
Que faire ?
Il faut savoir que les espaces naturels de VLG ainsi détruits appartiennent au grand ensemble de la zone humide de la Bassée que la loi protège en Seine et Marne (mais pas dans l’Yonne, de l’autre coté de la limite départementale et régionale, pour des raisons purement administratives). Ces espaces naturels sont de la plus grande importance parce qu’ils sont partout menacés (urbanisations, pratiques agricoles…) alors qu’ils protègent la biodiversité, concourent à l’assainissement des eaux et participent à la régulation des crues.*

Il est donc particulièrement regrettable d’y laisser, dans l’ignorance de cet intérêt majeur, s’y développer ces activités polluantes et bruyantes (s’y ajoute en plus les inévitables quads, autres « amoureux de la nature »).
Laisser des activités commerciales privées ne bénéficiant qu’à un très petit public détruire ce bien commun, les zones humides de notre espace rural, est un exemple caricatural de ce qu’il ne faut plus faire.

La logique de ceux qui pensent qu’un tel loisir est nécessaire devrait les conduire à créer à leur frais des espaces adaptés, ne nuisant ni à la nature ni aux riverains.
Le fait que les communes volontaires ne se précipitent pas pour accueillir de tels équipements, n’est pas une excuse pour nous les imposer. Reste donc à faire en sorte que, malgré son maire, la population soit protégée de ces nuisances. Des plaintes ont été déposées par les riverains directement concernés, une pétition est en cours.

Nous contestons les mesures acoustiques effectuées avant l’ouverture au public car elles ne sont pas représentatives de la situation réelle (nombre et type des engins, présence aggravante des quads, …). Nous ferons procéder à de nouvelles mesures par des spécialistes agréés et nous exigerons l’application des nouvelles lois sur les nuisances sonores. Sans préjuger de recours contre les autres atteintes à l’environnement.
Cela avec l’appui de tous ceux qui pensent que la nature n’est pas une poubelle et que les habitants des villages ruraux n’ont pas à supporter les nuisances engendrées par les fantaisies récréatives de quelques uns. On ne peut à la fois vouloir rendre notre commune agréable et attractive et en même temps favoriser la création de telles zones de nuisances qui la dévalorise.
 
Conclusion :
Il y a surtout dans cette histoire une lamentable perte d’opportunité quand on songe à ce qu’aurait pu apporter à notre commune d’autres choix municipaux d’aménagements pour ces plans d’eau. Comme, par exemple, à Vinneuf ou à Varennes-sur-Seine où des aménagements légers et peu coûteux permettent la promenade, les parcours de santé, les piques-niques, la pêche, l’initiation à la voile et la baignade pour le plaisir de tous sur des plans d’eau calmes et agréables. Mais pour concevoir de telles choses il faut avoir le souci du bien commun et de la gestion à long terme.
  
Robert Baeli
 
*Pour faire mieux comprendre le fonctionnement et l‘utilité de ces zones humides (et pour en souligner la beauté) nous organiserons des visites guidées de la Réserve Naturelle de la Bassée avec l’association qui la gère.